Marie Stuart : le destin tragique d’une reine

Le 8 février 1587, Marie Stuart est décapitée.
À seulement 44 ans, l’ancienne reine d’Écosse et de France parvient au terme d’un destin aussi tragique qu’exceptionnel.
Reine d’Écosse (1542-1567) et de France (1559-1560) de très bonne heure, elle ne régna que très peu de temps : six ans en Écosse et un an et demi en France.
Elle revendiqua aussi la couronne d’Angleterre, ce qui la mena finalement à l’échafaud.
JEUNE REINE D’ECOSSE A LA COUR DE FRANCE

Elle fut la fille de Marie de Lorraine (Maison de Guise) et du roi d’Écosse Jacques V qui mourut moins d’une semaine après sa naissance.
Elle fut ainsi proclamée reine à l’âge de sept jours et l’on chercha aussitôt à la marier. Comme la guerre avec l’Angleterre prenait une très mauvaise tournure, on pensa tout d’abord à Edouard, le fils d’Henri VIII, âgé de cinq ans, afin d’assurer l’union pacifique des deux royaumes.
Mais les exigences du roi d’Angleterre qui voulait élever la fillette à Londres firent hésiter les Écossais et impatient, celui-ci décida de reprendre la guerre pour s’emparer de l’enfant.
La lutte entre les deux couronnes était inégale et les Écossais implorèrent rapidemment l’aide de la France.
La régente proposa alors d’unir sa fille à François, le jeune dauphin de France, fils d’Henri II et de Catherine de Médicis.
Pour elle, c’était aussi un nouveau pas vers le rapprochement des Guise avec le pouvoir français.
En 1548, la France accepta les fiançailles sous deux conditions qui furent aussitôt acceptées par les Écossais qui n’étaient pas en position de négocier : l’occupation des forteresses stratégiques par des contingents français pour mieux les défendre et le départ immédiat de Marie pour la France.
Sa mère rongée par le chagrin dut demeurer sur place afin de poursuivre la régence.
A la cour d’Henri II, Marie Stuart connut une enfance heureuse. Elle suscita l’admiration tant pour son physique que pour sa précoce vivacité d’esprit et son goût pour les échanges épistolaires.
Elle y reçut une éducation et des divertissements qui lui firent méconnaître les réalités de la vie écossaise. À vrai dire, personne ne pensait vraiment qu’elle aurait à retourner un jour dans son pays.
MARIE REINE DE FRANCE

(Marie Stuart et François II)
Le mariage ne fut pas jugé urgent par Henri II qui la gardait près de lui. Tant que le mariage n’était pas célébré, il était toujours possible de revenir sur les engagements antérieurs, et de toutes façons, le dauphin bien que devenu majeur n’était pas encore assez mûr.
En 1557, tout changea : la reine d’Angleterre Marie Tudor déclara la guerre à la France qui voulut alors renforcer l’alliance écossaise.
On les fiança et les maria en avril 1558 avec un faste digne de leur rang.
François reçut la couronne matrimoniale d’Écosse et les deux pays s’autorisèrent la double nationalité.
En vertu d’une clause secrète, il fut convenu qu’au cas où Marie Stuart mourrait sans enfants, elle léguait son royaume à la France (et non à son mari).
Quelques mois seulement après le mariage, Marie Tudor mourrait sans postérité.
Sa demi-soeur cadette Elisabeth fut aussitôt proclamée reine.
Mais issue d’une union jugée illégitime par les catholiques, son avènement prèta à contestation et Marie Stuart (qui devenait ainsi la principale héritière légitime d’Henri VII) put revendiquer le trône d’Angleterre.
Elle fut reconnue comme telle en Écosse et en France, mais ceci resta théorique : aucun Anglais, même catholique n’accepta cette étrangère pour reine.
L’année suivante, la mort accidentelle d’Henri II fit accéder François au trône.
Marie Stuart devenait reine de France.
Mais du côté de l’Écosse, les nouvelles étaient très mauvaises : sa mère Marie de Guise venait de mourir et le parlement écossais très favorable au protestantisme décida aussitôt de mettre fin à la guerre avec l’Angleterre (traité d’Edimbourg), de reconnaître Elisabeth pour reine d’Angleterre et d’instaurer la nouvelle religion comme culte officiel.
C’en était fini de l’alliance avec la France.
En France, la fin de l’année 1560 fut tout aussi dramatique : François II, malade, succomba 18 mois après son accession au pouvoir.
Marie Stuart était veuve. Peu de temps après, il fallut lui trouver un nouveau mari.
On pensa un instant à l’infant d’Espagne, don Carlos, mais Philippe II se montra réticent ; car pour rétablir l’autorité de Marie en Écosse, il faudrait procéder par la force et il jugea l’opération peu rentable. Comme les choses n’aboutissaient pas, Marie qui était de surcroit en froid avec sa belle-mère, se décida à retourner en Écosse.
Mais là-bas, les choses avaient bien changées.
TRAGEDIE ECOSSAISE

(Marie et son fils le futur Jacques VI d’Ecosse et futur Jacques Ier d’Angleterre)
Marie Stuart retrouve un royaume déchiré par les perpétuelles dissensions entre chefs de clans et par la Réforme.
Le peuple est tombé sous le charme d’un prédicateur austère, John Knox. Prêtre catholique passé à la Réforme anglicane puis au calvinisme, il fonde en Écosse une Église réformée nationale, sans clergé ni hiérarchie, l’Église presbytérienne.
Dans chaque paroisse, les fidèles nomment eux-mêmes leur pasteur. Au sommet de l’État, pasteurs, bourgeois et squires (nobles) siègent ensemble.
C’est ce contexte ô combien éloigné de la cour des Valois que découvre Marie Stuart.
La jeune reine s’attire la haine de John Knox.
Pour ne rien arranger, en dépit de nombreuses offres de mariage de grands princes étrangers, elle se laisse séduire par son cousin, le sémillant – et catholique – lord Darnley.
Le choix est désastreux. Le beau lord ne manque pas une occasion d’humilier son épouse et s’attire la haine unanime de l’aristocratie.
Marie elle-même prend pour galant un petit musicien italien, David Rizzio.
La cour ne le supporte pas et une conspiration encouragée par Darnley aboutit au meurtre de Rizzio dans les jupes mêmes de la reine, pendant leur souper.
Trois mois plus tard, le 9 février 1567, Lord Darnley meurt à son tour dans un attentat , quelques jours après la naissance de son héritier, le futur Jacques VI, que d’aucuns soupçonnent d’être le fils de Rizzio ! Marie se remarie aussitôt avec l’instigateur du crime, le comte de Bothwell, fournissant ainsi un prétexte de soulèvement à la noblesse protestante.
Détrônée par ses sujets écossais, elle abdique au profit de son fils. Après dix mois de forteresse à Loch Leven, elle s’enfuit à cheval en Angleterre en mai 1568.
Elle se place sous la protection de sa cousine, la reine Elizabeth 1ère, de la dynastie des Tudor, dont elle n’a pourtant jamais reconnu la légitimité.
MARIE CAPTIVE EN ANGLETERRE

(Marie Stuart fut décapitée après un procès au terme duquel elle a été trouvée coupable d’avoir comploté contre la reine Elisabeth 1re d’Angleterre alors qu’elle était en prison)
Marie Stuart fut une refugiée très embarassante pour Elisabeth, d’autant plus qu’elle refusait toujours de renoncer à lui prendre sa couronne.
Elle fut alors placée en résidence surveillée où elle resta 18 ans.
Elle devint alors malgré elle l’instrument de tous les ennemis d’Elisabeth, qui devenaient de plus en plus nombreux, en Angleterre comme en Europe.
Elisabeth se sentit menacée, tandis que Marie complotait des insurections.
Les Communes réclament son exécution immédiate.
Elizabeth 1ère rechigne malgré tout à faire exécuter une souveraine, si coupable soit-elle.
Elle se résout à signer l’ordre d’exécution après beaucoup d’hésitation.
Marie Stuart retrouve son courage et sa dignité en montant sur l’échafaud. Le bourreau, maladroit, s’y reprendra à trois fois avant d’arriver à lui sectionner la tête

Tombeau de Marie Stuart à Westminster