Georges Pompidou le dernier président des trente glorieuses

La disparition du président Georges Pompidou le 2 avril 1974, à 63 ans, coïncide en France avec la fin des «Trente glorieuses», désignant les 30 années de modernisation, de croissance économique, de plein-emploi et de progrès social qui ont marqué l’après-guerre.
I – ETUDIANT BRILLANT IL DEVIENT PROFESSEUR

Georges Pompidou enfant avec ses parents, Léon et Marie-Louise Pompidou

Étudiant, au jardin du Luxembourg, notamment accompagné de Léopold Sedar Senghor

Georges Pompidou professeur au lycée Henri IV à Paris
Fils d’enseignants, petit-fils de paysans, Georges Pompidou naquit le 5 juillet 1911 à Montboudif, village du Cantal. Il fit ses études primaires et secondaires à Albi.
Après le baccalauréat, il prépara son entrée à l’École normale supérieure, à Toulouse puis au lycée Louis-le-Grand à Paris.
Il intégra l’École en 1931 et ses années d’étudiant furent pour lui l’occasion de connaître la société et la vie culturelle parisiennes, de nouer de profondes amitiés comme celle qui le lia à Léopold Sédar Senghor et d’avoir une première approche de la politique auprès de la Ligue d’action universitaire républicaine et socialiste.
Reçu premier à l’agrégation de lettres en 1934 et diplômé de l’École libre des Sciences politiques, il accomplit ensuite son service militaire à Clermont-Ferrand en qualité d’officier de réserve.
Après son mariage, il enseigna pendant trois ans au lycée Saint-Charles de Marseille avant d’être nommé au lycée Henri IV à Paris.
Au début de la guerre, il fut mobilisé à Grasse puis envoyé en Lorraine avec le 141e régiment d’infanterie alpine. De retour au lycée Henri IV en juin 1940, il enseigna en hypokhâgne et en classe préparatoire à l’École Nationale de la France d’Outre-Mer.
II – LE GENERAL DE GAULLE LE PREND SOUS SON AILE

À la Libération de Paris, 1944. Au centre, le général de Gaulle. On reconnaît notamment à droite du président du GPRF : Georges Pompidou (4e à droite) et le général Koenig

Georges Pompidou lors d’une soirée Liberté de l’esprit (revue gaulliste), animée par Claude Mauriac
Dès septembre 1944, ses liens d’amitié avec René Brouillet, rencontré dès la classe de khâgne, lui permirent d’entrer au cabinet du général de Gaulle, président du Gouvernement provisoire. Il y fut chargé de suivre les questions de politique intérieure et d’éducation. Au départ du Général en janvier 1946, Georges Pompidou fut nommé adjoint d’Henri Ingrand, commissaire général au Tourisme. Il devint par ailleurs, cette même année, maître des requêtes au Conseil d’État.
Sans toutefois adhérer au Rassemblement du Peuple Français, crée en 1947, il participa à l’aventure de ce parti et resta proche des milieux gaullistes en animant notamment le Comité national d’études présidé par Gaston Palewski.
C’est également à cette époque qu’il se vit confier le poste de secrétaire général de la Fondation Anne de Gaulle. Durant cette période, Georges Pompidou fit parti du cercle restreint des proches du Général et cette proximité lui valut d’être nommé chef de son cabinet d’avril 1948 à 1953.
Cette année-là, il entra à la banque Rothschild où il occupa rapidement les fonctions de directeur général et d’administrateur de nombreuses sociétés.
Ce fut pour lui l’occasion de participer à la vie économique du pays, d’accroître le champ de ses compétences et d’établir un éventail plus large de relations. Il rédigea néanmoins, durant cette période d’intense activité, trois présentations de Classiques illustrés sur Racine, Taine et Malraux.
III – ARTISAN DE LA NOUVELLE CONSTITUTION DE 1958

Georges Pompidou directeur de cabinet du général de Gaulle, 1958

Charles de Gaulle et Georges Pompidou en voiture devant l’Arc de Triomphe, 1959
L’année 1958 fut celle du retour du général de Gaulle au pouvoir et de Georges Pompidou aux affaires politiques.
Dans ce contexte troublé dominé par la question algérienne, le dernier président du Conseil de la IVe République fit en effet appel à lui pour diriger son cabinet de juin 1958 à janvier 1959. Il eut alors un rôle décisif auprès du Général, accompagnant les travaux d’élaboration de la Constitution et encourageant les réformes économiques et monétaires.
Le général de Gaulle élu à la présidence, Georges Pompidou retourna pendant quelque temps vers le monde de l’entreprise en réintégrant la banque Rothschild. Membre du Conseil constitutionnel en 1959, il profita également de cette période pour rédiger une Anthologie de la poésie française. Toutefois, il resta toujours en relation avec le Général, et en particulier il accepta, en février 1961, une mission secrète afin de faciliter les négociations avec le FLN algérien.
IV – PREMIER MINISTRE DURANT SIX ANS (1962-1968)

Georges Pompidou à Matignon, 1962

Georges Pompidou devant l’Assemblée nationale, 1965.

Les manifestations de mai 1968
L’année 1962 fut marquée par la réforme de l’élection du président de la République. Le choix du suffrage universel direct et surtout le recours au référendum pour faire approuver cette modification constitutionnelle entraînèrent le vote d’une motion de censure et la chute du premier gouvernement Pompidou.
Le Général le renomma aussitôt dans ses fonctions, comme il le fit après son élection aux présidentielles de 1965. Georges Pompidou suivit ensuite de près la préparation des élections législatives de 1967 en s’impliquant dans le choix des investitures et dans la campagne. Les résultats ne furent pas ceux escomptés par la majorité puisqu’elle n’obtint qu’une très courte avance. Le Premier ministre fut alors élu pour la première fois député du Cantal.
Les années 1962 à 1968 furent, en politique internationale, guidées par le principe gaullien de grandeur et d’indépendance de la France et, sur le plan intérieur, elles furent marquées par un réel essor économique permettant d’importantes réformes de structures. Georges Pompidou prit une part personnelle très active au développement de l’économie française dans tous les domaines.
La crise de 1968 vint ébranler la République. Depuis Matignon, Georges Pompidou la géra au quotidien, misa sur des mesures d’apaisement, engagea les négociations de Grenelle et préconisa de dissoudre l’Assemblée nationale pour trouver une sortie politique à la crise.
Après un départ soudain à Baden Baden, de retour à Paris, le 30 mai, le Général annonça la dissolution. Les élections législatives des 23 et 30 juin 1968 furent un franc succès pour les gaullistes.
Le 10 juillet 1968, le Général choisit de remplacer Georges Pompidou par Maurice Couve de Murville. Durant cette «traversée du désert», l’ancien Premier ministre se retrouva «simple député» du Cantal et organisa ses bureaux boulevard de La Tour-Maubourg, toujours entouré de quelques proches collaborateurs.
Georges Pompidou fut alors profondément blessé par l’affaire Markovic où des rumeurs mettant en cause son épouse l’ont endurci et rendu rancunier .
Le 17 janvier, à Rome, une déclaration de Georges Pompidou fut interprétée par la presse française comme annonçant son intention, le moment venu, de se porter candidat à la présidence de la République.
L’échec du référendum sur les réformes du Sénat et des régions entraîna le départ du général de Gaulle et l’organisation de nouvelles élections présidentielles.
Georges Pompidou fut élu avec 58% des suffrages exprimés face à Alain Poher.
V – POMPIDOU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE (1969-1974)

Investiture du Président, 20 juin 1969

Gouvernement de Jaques Chaban Delmas, 23 juin 1969

Gouvernement de Pierre Messmer, 7 juillet 1972
Favori face à une gauche éclatée, Georges Pompidou se fait effectivement élire sans trop de mal à la présidence de la République le 15 juin 1969, face à Alain Poher, président du Sénat et président par intérim.
Il nomme sans tarder au poste de Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, gaulliste brillant.
Celui-ci resta durant trois années à la tête du gouvernement, avant de démissionner en juillet 1972 à la suite de tensions relatives à son projet de «nouvelle société» et au partage du pouvoir au sein de l’exécutif.
Le gaulliste Pierre Messmer, ministre des Armées du Général, fut alors appelé par Georges Pompidou à Matignon. Il fut ainsi Premier ministre lors des législatives de 1973, remportées par la majorité face à une gauche réorganisée depuis l’adoption du Programme commun. Il resta à ce poste jusqu’en 1974 .
Il devient alors le chantre du développement industriel de la France avec de premiers investissements dans le programme ferroviaire à grande vitesse (TGV), la modernisation du téléphone, la construction d’autoroutes, y compris en centre-ville (voie sur berges à Paris).
Sa présidence laisse le souvenir d’une embellie économique et sociale sans précédent. On rêve en France d’égaler la puissance industrielle allemande et le président Pompidou offre à ses concitoyens la perspective d’une société aussi égalitaire et prospère que la Suède de l’époque.
Plus que sa mort prématurée, c’est la guerre du Kippour qui va interrompre le processus. La guerre d’octobre 1973 entre Israël et les pays arabes a été suivie d’un choc pétrolier en raison de l’embargo sur le pétrole organisé par les pays exportateurs. Il s’ensuit pour cette raison une hausse brutale du chômage.
Les Français se rappellent avec nostalgie le «bon vieux temps» où la gauche dénonçait une société qui fabriquait pas moins de… 200.000 chômeurs ! L’année 1974 est aussi marquée par un retournement démographique concomitant dans tous les pays d’Europe occidentale.
D’une année sur l’autre, les indices qui mesurent la fécondité, c’est à dire le nombre moyen d’enfants par femme, chutent de l’ordre de 10 à 20%.
Bien que la maladie du président fût depuis plusieurs mois devenue visible à tout un chacun, la classe politique se laisse surprendre par sa mort. -
Les années Pompidou s’inscrivent enfin au cœur d’une période de profondes mutations économiques de l’Occident. Marquant la fin de la présidence, la crise pétrolière de l’automne 1973 inaugura de nouveaux rapports internationaux et les pouvoirs publics furent dès lors confrontés à d’importantes difficultés économiques et sociales.
Son mandat fut écourté par son décès le 2 avril 1974 à Paris.
