Les Croisades contre les Cathares

Entre le Xe et XIIe siècle, une mystérieuse doctrine fait son apparition dans le Midi de la France. Bientôt son expansion et sa menace est telle que l’Eglise catholique est contrainte de mener une guerre visant à l’éradication de cette religion.
Deux croisades seront menées par le royaume de France et le Pape , il s’agit pour le roi de France de dominer tout le Languedoc et l’Aquitaine et pour l’Eglise de rétablir son autorité contestée.
La lutte contre les cathares s’achèvera par la chute de la forteresse de Montségur en 1244

EXPANSION

I – ORIGINE ET EXPANSION DE LA RELIGION CATHARE

Au XIIe siècle, le sud-ouest de la France est une région bien différente de celle du nord de la Loire. On y parle une langue distincte (langue d’oc et non d’oïl) et une civilisation brillante et raffinée s’y épanouit.
Ces idées et ces valeurs sont très présentes dans une région où les gens cultivés, surtout dans les villes, ont gardé vivant les souvenirs de la civilisation romaine.
Des règles, des lois et des codes limitent le pouvoir des grands et régissent les rapports qui les unissent à leurs vassaux et à leurs sujets.
Tandis qu’en Île de France, le roi se bat à cheval et s’impose de diverses manières à ses vassaux récalcitrants, dans les villes du Midi languedocien et aquitain, les habitants élisent des consuls ou des capitouls qui gouvernent et parlent d’égal à égal avec les seigneurs dont ils dépendent.
Plus libres, les villes du Midi sont aussi les plus accueillantes aux idées étrangères : leur importante activité commerciale (Toulouse est la troisième ville d’Europe) les met en relation avec de nombreux pays. Les commerçants qui y échangent des denrées et des biens, y puisent des idées qu’ils propagent ensuite vers l’Occitanie.

occitanie

Occitanie au Moyen Age

C’est dans ce milieu que se répandit une religion nouvelle dont le succès fut si rapide qu’il effraya l’Église catholique.

Cette dernière fut en partie responsable de cet extraordinaire essor : critiquée de toutes parts et incapable de se réformer, elle prépara le terrain sur lequel le catharisme put s’enraciner.
Bien avant l’apparition de la religion cathare, de nombreux moines avaient prêché la révolte ouverte contre l’Église, ses prêtres et ses sacrements : l’exigence entre une plus grande simplicité dans la relation des hommes avec Dieu, d’un retour à une foi moins prisonnière du cadre luxueux dans lequel l’avait enfermée l’Église, étaient des revendications très largement répandues à l’époque.
Mais le catharisme était bien plus qu’un mouvement de simple critique; il était aussi et surtout une religion en partie différente du catholicisme romain.
La tradition qui le nourrissait était très ancienne puisqu’elle s’était développé à partir du VIIe siècle avant J.-C., autour d’un personnage important de l’Antiquité, le prophète perse Zoroastre.
Ce dernier pensait qu’il existait dans l’univers deux principes irréductibles, le Bien et le Mal, en lutte permanente l’un contre l’autre. Les idées de Zoroastre eurent une influence considérable pendant toute l’Antiquité et elles furent, dans leurs grandes lignes, reprises au IIIe siècle après J.-C. par le prophète Manès, fondateur de la doctrine manichéenne.
Le catharisme tire également racine directement du christianisme et des doctrines gnostiques. Le catharisme est en effet le fruit d’un travail scripturaire, proposant une interprétation différente des évangiles, rejetant notamment tous les sacrements de l’Église catholique (baptême d’eau, culte des reliques, mariage, décès.).

II – PARFAITS et CROYANTS

parfaits

La religion cathare tire son nom du terme grec catharos, qui signifie pur, car elle donne comme but à l’homme d’atteindre la pureté parfaite de l’âme.
Pendant la durée de sa vie terrestre, considérée comme une épreuve, l’Homme doit s’efforcer, par une conduite appropriée, de rompre avec la matière, le monde physique et les besoins grossiers. Pour les cathares, qu’on appelle aussi albigeois , tout cela représente le Mal auquel est opposé le Bien, c’est-à-dire l’âme purifiée, ignorant les désirs du corps.
Ceux qui parviennent à purifier leur âme se reposent à jamais dans le Bien après la mort. Les autres doivent se réincarner indéfiniment. Pour les cathares, la mort n’était pas redoutée car elle pouvait signifier la délivrance. Ce mépris de la mort leur donna l’énergie nécessaire pour combattre le roi de France et le pape.

croyant

Les cathares et ceux qu’on appelait « Parfaits » ou « Bonshommes », qui jouaient en quelque sorte le rôle de prêtres, devaient observer des règles très strictes. Ils étaient astreints à jeûner fréquemment, et une série d’aliments leur étaient défendus en temps ordinaire. Ils ne construisaient pas de temples, ils priaient et prêchaient n’importe où, chaque fois que la possibilité s’en offrait. Ils rejetaient tous les sacrements . Elle concernait les croyants désireux de devenir Parfaits (sorte de baptême).

Le croyant s’engageait à respecter les règles propre aux Parfaits : ne plus mentir, ni jurer, ne plus avoir de relations sexuelles, régime alimentaire très strict… Recevant l’accolade de ses initiateurs, qui s’agenouillaient ensuite devant lui, le nouveau Parfait était censé sentir descendre sur lui l’Esprit saint. Tant qu’ils purent afficher librement leurs opinions, les cathares s’habillaient de préférence en noir. Après la répression, ils se contentaient de dissimuler une ceinture noire sous leurs vêtements ordinaires.
Dès 1147, des moines furent envoyés pour redonner la raison aux albigeois, mais tous échouèrent. La dernière tentative fut celle de Saint Dominique (fondateur de l’ordre des Dominicains), mais il n’obtint qu’un succès limité.
Le pape en vint progressivement à penser qu’il fallait mener contre eux une guerre sainte. La rupture entre cathares et catholiques fut totale en 1208 lorsque le légat du pape fut assassiné.
simon montfort

Simon de Montfort

L’assassinat de son légat amena le pape Innocent III à lever une croisade contre les hérétiques. Le roi de France, Philippe Auguste, répondit à l’appel et laissa à ses plus puissants vassaux, le duc de Bourgogne, les comtes de Montfort (Simon) et de Saint-Pol prendre la tête de l’armée. Ce sont 300 000 croisés qui descendirent dans la vallée du Rhône.

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(Les Croisés devant Béziers)

L’armée des croisés chargée d’éradiquer les cathares s’empare de Béziers.
Sous la direction du légat du pape Arnaud Amaury et du chef Simon de Monfort, la ville est mise à sac et la population massacrée. Bien qu’en majorité catholique, Béziers ne voulait pas livrer les cathares qu’elle protégeait. Avant de donner l’assaut, les croisés demandent au légat comment reconnaître les hérétiques des vrais chrétiens. Celui-ci leur aurait répondu : « Tuez les tous ! Dieu reconnaîtra les siens ! ».

Après Béziers, ce fut le tour de Carcassonne où l’armée s’annonça à la fin du mois de juillet 1209. L’âme de la résistance de la ville fut le jeune vicomte Roger de Trencavel. Le siège dura trois semaines, les assiégeants avaient privé la ville d’eau, obligeant les assiégés à parlementer

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Prise de Carcassonne

Pendant plusieurs années , les combats feront rage dans la région. Les cathares , dans un premier temps dépassés, organiseront une reconquête avant de se heurter à l’armée royale française.
Bien que glorieuse pour les catholiques, la croisade n’élimine pas complètement le catharisme. C’est une des raisons de la création de l’Inquisition quelques années plus tard.

L’armée des croisés de Simon de Montfort fait son entrée à Toulouse, tandis que le comte Raymond VI, protecteur des cathares ou albigeois s’est enfui en Angleterre. Quelques mois plus tard, au IVe concile du Latran, Simon de Montfort se fera attribuer les terres de son ennemi.

Toulouse se révolte contre Simon de Montfort et le pousse hors des murs. Ce dernier entreprend alors le siège de la ville pour soumettre les habitants révoltés. C’est alors qu’une lourde pierre s’abat sur sa tempe et le tue sur le coup sans doute un boulet tiré d’une catapulte actionnée par des femmes toulousaines.
Sa mort (25 juin 1218) fut accueillie par des cris de joie : les cathares voyaient disparaître le plus cruel de leurs ennemis.
Son armée de croisés se disperse aussitôt. Son fils, Amaury, reprend le combat mais sera écrasé par Raymond VII, successeur de Raymond VI, qui récupérera ses terres.

IV – SECONDE CROISADE CONTRE LES CATHARES : 1226

seconde croisade

La nouvelle croisade du roi Louis VIII en 1226

En 1224, de nouvelles menaces se précisèrent sur le pays occitan. Le nouveau roi Louis VIII va se montrer plus implacable encore que son père Philippe Auguste. En 1226, alors que les seigneurs et comtes du Midi se voyaient réinstaller sur leurs terres, une seconde armée croisée allait déferler sur le Languedoc, avec le roi de France en personne à sa tête. La plupart des villes s’effondrèrent ou se soumirent assez facilement. Seul Avignon opposa une âpre résistance de trois mois. La mort de Louis VIII sauva Toulouse d’un nouveau siège, mais les redditions successives de ses vassaux finirent par convaincre Raymond VII qu’il valait mieux capituler.

traité de meaux

12 avril 1229 : lors du Traité de Paris-Meaux, Raymond VII, comte de Toulouse, vaincu doit céder

Le traité de Meaux est signé en 1229 entre Blanche de Castille, régente mère de Louis IX, et Raymond VII, comte de Toulouse, contraint à en accepter les termes.
L’ « accord » met fin à la croisade menée contre les albigeois, ou cathares, depuis 1209. Le comte doit alors céder une grande partie de ses terres au royaume mais conserve le comté de Toulouse et le Lauragais. Il s’engage également à marier Jeanne de Toulouse, son héritière, à Alphonse de Poitiers, frère cadet du roi. Ainsi, à sa mort, le reste de son territoire reviendra définitivement au royaume de France.

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Tribunal d’Inquisition

Après la signature du traité et le retour de Raymond VII à Toulouse, le tribunal d’Inquisition fut créé et confié à une poignée de dominicains. Jouissant d’un pouvoir sans limites, les inquisiteurs sillonnèrent le Midi pour débusquer les hérétiques. Mais ces mesures ne suffirent pas à étouffer l’aspiration du Midi à croire et à gouverner comme il l’entendait.
Une seconde révolte secoua la région après l’assassinat, en 1242, des juges du tribunal de l’Inquisition par des chevaliers cathares.

V – DERNIERE CROISADE ET LE BUCHER DE MONTSEGUR : 16 mars 1244

Montsegur

Montségur, forteresse imprenable

Après vingt ans de violents combats, la croisade contre l’hérésie cathare avait abouti en 1229 à la soumission du comte de Toulouse. Mais les exactions des croisés venus du Nord suscitent la rébellion de nombreux chevaliers du Midi, les faidits.
Ces seigneurs dépossédés par les croisés entrent en résistance au côté des hérétiques cathares. Bonshommes et faidits trouvent refuge auprès de forteresses comme Montségur, dont le seigneur est acquis à leur cause.

À 1207 mètres d’altitude, sur un piton rocheux au milieu des forêts de l’actuel département de l’Ariège, la forteresse de Montségur a été renforcée dès 1204 par le seigneur du lieu, Raymond de Péreille, à la demande de la communauté cathare.

À l’intérieur de l’enceinte vivent une centaine d’hommes d’armes , leurs familles, ainsi que le seigneur du lieu, Raymond de Pareille. À l’extérieur, au pied des murailles, s’est constitué un véritable village cathare de 600 habitants avec son évêque, ses diacres et ses fidèles.

forteresse

Le roi de France, Louis IX , n’a aucune envie d’user son armée dans la conquête de Montségur aussi longtemps que celle-ci ne lui cause aucun tort. Chacun s’accommode donc du statu quo… jusqu’à un jour de mai 1242 où les chevaliers de Montségur apprennent que tous les inquisiteurs de la région ont fait halte dans un village voisin pour y passer la nuit.

Ces chevaliers ont tous des comptes à régler avec l’Inquisition et, à la différence des cathares, ne se dispensent pas de tuer quand l’envie leur en vient. Le 29 mai 1242, une trentaine d’entre eux, sous le commandement d’un seigneur dont la femme et la fille ont été torturées et brûlées par l’Inquisition, se ruent sur le village d’Avignonet, près de Castelnaudary. Dans la nuit, ils massacrent les onze inquisiteurs dont leur chef, le tristement célèbre Guillaume Arnaud.

Le pape exige aussitôt qu’il soit mis fin à l’impunité de Montségur, qualifiée de «synagogue de Satan».

S’ouvre le dernier acte de la croisade des Albigeois.

Le roi de France envoie à Montségur une armée de 4.000 hommes sous le commandement du sénéchal Hugues des Arcis.

Mais la citadelle, sur son piton calcaire, est remarquablement défendue et n’est accessible que par un étroit sentier

Elle ne peut non plus être atteinte par les pierres propulsées du bas de la colline par les catapultes.

Après plusieurs mois d’un vain siège, le sénéchal choisit d’attaquer la citadelle à l’endroit le plus difficile d’accès… et donc le moins défendu. Pour parfaire la surprise, il n’hésite pas à s’y prendre pendant l’hiver 1243 .

Une quinzaine de Gascons, sans doute conseillés par un habitant de la région, escaladent la falaise à l’endroit dit «Roc de la Tour». Ils amènent bien évidemment avec eux leurs armes. Pour juger de l’exploit, il faut savoir que cette falaise est aujourd’hui classée hors-catégorie par les spécialistes de l’escalade

Les grimpeurs arrivent à une barbacane, un petit poste de défense avancé situé sur la crête à 1500 mètres du château proprement dit. Après avoir égorgé les sentinelles, ils font monter des menuisiers et sans attendre assemblent des machines de jet. La citadelle et ses dépendances ne tardent pas à être bombardées de pierres. Les combats au corps à corps se multiplient par ailleurs aux abords des murailles.

Les effectifs des défenseurs fondent si bien que le 1er mars, après une ultime tentative de sortie, le seigneur du château, en accord avec les chefs cathares, décide d’entamer les négociations. Hugues des Arcis, homme du roi, homme d’honneur accorde aux vaincus des conditions généreuses. Elles tiennent en quatre points:

– liberté pour tous les défenseurs catholiques,
– vie sauve pour les hérétiques qui se convertiront sincèrement,
– pas de pillage,
– délai de deux semaines avant la mise en oeuvre des précédentes conditions.

bucher

bucher

Le bûcher de Montségur

Comme prévu, la citadelle se livre le 16 mars 1244 après un siège exceptionnellement long de dix mois. Plus de 200 cathares, hommes et femmes, refusent de renier leur foi .
Ils sont menés vers un bûcher géant aménagé au pied de la forteresse

Avec la chute de Montségur, il ne subsiste pratiquement plus rien de l’hérésie qui avait pendant quelques décennies menacé l’unité de la Chrétienté occidentale. Un demi-siècle plus tard, les inquisiteurs auront raison de ses derniers fidèles dans quelques villages reculés des Pyrénées
La France de langue d’oc se rallie sans réticence à la monarchie capétienne. Le temps de la réconciliation arrive et les seigneurs méridionaux suivent avec dévouement le roi Louis IX dans ses folles croisades à Damiette, en Égypte, puis à Tunis.

catharisme

Ce texte est dédicacé à ALAIN un camarade supporter comme moi de l’Aviron Bayonnais et passionné par l’histoire des Cathares

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