Marc Aurèle : le sage au bord du précipice

Marc Auréle

Marc Aurèle (40 ans) et Lucius Verus (31 ans) succèdent à Antonin le Pieux à la tête de Rome le 7 mars 161.
L’un et l’autre ont été adoptés 23 ans plus tôt par l’empereur défunt en vue de lui succéder, sur l’injonction de son prédécesseur, l’empereur Hadrien
C’est la première fois que l’empire romain est confié à un tandem. La collaboration entre Marc Aurèle, épris de philosophie stoïcienne, et Lucius Verus, séducteur et jouisseur, se passe curieusement bien.
Après la mort par apoplexie de Lucius Verus, en 169, Marc Aurèle reste seul empereur.
Ses qualités humaines et intellectuelles lui ont valu d’être appelé par les historiens postérieurs le «sage au bord du précipice».

I – LA JEUNESSE DE MARCUS ANNIUS CATILIUS SEVERUS

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Marc Aurèle naquit à Rome, sous le nom de Marcus Annius Catilius Severus, en l’an 121 de notre ère.
Fils de Marcus Annius Verus et de Domina Lucilla, il appartenait à une illustre famille, originaire d’Espagne.
Son père et son grand-père avaient rempli de hautes charges publiques ; dans la péninsule ibérique, ses ancêtres avaient acquis une renommée de loyauté qui leur avait valu le surnom de Verus (sincère).

1 – Une riche éducation

Marc Aurèle perdit son père quelques mois après sa naissance et fut emmené dans la maison de son grand-père, alors consul.
Celui-ci lui fit donner une éducation très soignée. Voyant que l’enfant était intelligent, il le confia à de nombreux et excellents précepteurs : l’on en comptait au moins dix-sept, dont quatre grammairiens, quatre rhéteurs, deux juristes, six philosophes, un mathématicien ! L’art même ne lui resta pas étranger.

Il faut croire que Marc Aurèle aimait beaucoup l’étude pour avoir pu assimiler l’enseignement de tous ces hommes éminents.
Il est vrai que dès son jeune âge il appliqua l’une des maximes qui figurent dans ses Méditations : « Ce que tu as entrepris, il faut le faire avec force, assurance, comme il convient à un Romain et à un homme, en y mettant sérieux, diligence, amour et justice, chassant de ton esprit toute autre pensée ; tu dois accomplir chacun de tes actes comme s’il était le dernier de ta vie… »

2 – Il prend le nom de Marcus Aurelius Antoninus

Marc Aurèle était aimé de tous ceux qui l’entouraient. L’empereur Hadrien, qui était souvent reçu dans la maison de son grand-père, avait pour lui beaucoup d’estime ; il l’appelait Annius Verissimus et lui destinait pour épouse la fille de Lucius Commodus, qui devait lui succéder. Mais bientôt ce dernier mourut ; Hadrien adopta donc Titus Aurelius Antonin (Antonin le Pieux) et le choisit comme héritier, à la condition expresse qu’il adopte à son tour le jeune Marc Aurèle en même temps que Lucius Verus, fils de Commodus.
Lorsque l’empereur Antonin monta sur le trône, il accomplit les volontés d’Hadrien. Dès lors, son fils adoptif Marc Aurèle prit le nom de Marcus Aurelius Antoninus.

3 – Un long apprentissage

Pendant vingt-trois années, Marc Aurèle fit son apprentissage du pouvoir en vivant au palais. Sa patience contraste de façon frappante avec l’avidité dont firent preuve nombre d empereurs pour accéder au trône, certains n’hésitant pas à faire supprimer purement et simplement leur prédécesseur.
Marc Aurèle continua de vivre simplement, faisant alterner ses études avec ses fonctions publiques. Il suivit l’exemple de son père adoptif, homme modeste qui mérita bien son surnom d’ « Antonin le Pieux ».
Ce dernier mourut en 161, après avoir désigné Marc Aurèle comme son successeur.

II – UN REGNE DE 19 ANS

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1 – Le partage du pouvoir avec Lucius Verus

Marc Aurèle a tout juste quarante ans lorsqu’il accède au pouvoir en 161 . Il se signale dès son avènement par un acte significatif. Voulant répondre au désir exprimé de longues années auparavant par son grand protecteur Hadrien, il offre au fils de Commodus, Lucius Verus, de régner avec lui sur un pied complet d’égalité, et il lui donne en mariage sa fille Annia Lucilla.
Marc Aurèle ne s’illusionne cependant pas sur la valeur de Lucius Verus, qu’il sait débauché, joueur, prodigue et fort peu soucieux des affaires publiques.
En associant un tel collègue à son pouvoir, sans doute Marc Aurèle obéit-il à une raison sentimentale, mais il y voit aussi comme un secours éventuel contre les usurpations toujours possibles et contre les dangers du dehors.
Lucius Verus multipliera les incartades sans cesse arrangées par son protecteur Marc Aurèle le sauvant notamment de situations militaires périlleuses durant la future guerre contre les Parthes où il donna la direction de l’armée à deux brillants généraux.
La mort de Lucius en 169 sera une bénédiction pour l’Empire se débarrassant d’un poids difficile à supporter

2 Politique intérieure sous Marc Aurèle

Marc Aurèle et son frère passèrent le plus clair de leur temps à tenter de protéger l’Empire des invasions. Il est pour cela difficile de porter un jugement objectif sur le règne de ces souverains, d’autant plus que les sources concernant cette période sont lacunaires.
Marc Aurèle fonda des établissements éducatifs et alimentaires , à destination des jeunes filles pauvres. En outre, il annula les dettes envers le trésor impérial.
Cependant, un des faits marquants du règne de Marc Aurèle fut la persécution contre les chrétiens (c’est sous son règne que furent martyrisés Blandine et l’évêque Pothin.).
En effet, l’Empereur n’acceptait pas l’attachement que les chrétiens avaient pour le Christ, considérant qu’ils étaient une menace pour la cohésion de l’Empire.

Respectueux à l’égard du sénat, les Romains eurent néanmoins du mal à cerner Marc Aurèle, Empereur philosophe. En effet, lors des jeux du cirque, ce dernier lisait ou donnait des audiences, et n’appréciait pas de voir le sang couler (par exemple, il n’assista pas aux persécutions contre les chrétiens.).
Cependant, la philosophie de Marc Aurèle lui fut d’un faible secours sur le champ de bataille.

3 – La guerre contre les Parthes (161 à 166)

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C’est à partir du règne de Marc Aurèle que l’Empire commença à être attaqué par des ennemis de plus en plus nombreux et vindicatifs.

En 161, les Parthes, envahirent la province romaine de Syrie, écrasant les troupes du légat Caius Sedatius Severianus.
Lucius Verus se rendit alors dans cette province, afin d’en découdre avec les envahisseurs .
Cependant, l’Empereur préférant profiter des beautés de l’Orient, fut obligé de laisser la direction des opérations à deux de ses généraux.

Les opérations furent un franc succès : en 165, alors que Statius Priscus prenait Artaxata et restaurait Sohaemus, un protégé de Rome, sur le trône d’Arménie, son confrère Avidius Cassius battait les Parthes, et s’emparait de Ctésiphon la capitale du royaume.
Le roi de Parthes dut alors négocier avec les Romains en 166, leur cédant la Mésopotamie.

En 166, les deux Empereurs célébrèrent leur triomphe à Rome.
Marc Aurèle prit alors le nom d’Imperator Caesar
Cependant, lorsque les armées d’Orient rentrèrent en Italie, elles amenèrent avec elle la terrible peste antonine, qui frappa le pays entre 165 et 190.

4 – La guerre contre les barbares du Danube (166 à 175)

A peine la guerre contre les Parthes était elle terminée qu’une nouvelle menace apparut, cette fois ci sur la frontière du Danube.
En effet, en 166, de nombreuses tribus barbares (principalement Marcomans et Quades, mais aussi Alains et Sarmates.) décidèrent de passer la frontière.
Ils envahirent alors la Pannonie, puis pénétrèrent en Italie.

En 167, les deux Empereurs décidèrent alors de marcher contre les barbares. Concentrant leur attaque sur les Alpes, ils parvinrent à obtenir le retrait des Quades en 168.
Les deux Empereurs passèrent alors l’hiver à Aquilée, une cité située sur la côte adriatique.
C’est alors que Lucius Verus mourut en janvier 169, affaibli par sa vie de débauches et frappé par la peste.
Marc Aurèle regretta peu son frère adoptif, qui menait une vie dissolue et avec lequel il devait partager le pouvoir, mais le fit néanmoins déifier par le sénat

La guerre contre les barbares était cependant loin d’être terminée.
Les Marcomans n’avaient pas abandonné la lutte, et les Romains partirent se battre sur les rives du Danube. Marc Aurèle concentra dans cette zone la moitié des légions de l’Empire, en créa deux nouvelles, et recruta de nombreux soldats (gladiateurs, esclaves, etc.).
Afin de mener cette guerre à bien, l’Empereur s’appuya sur deux proches, Pompeianus et Pertinax.
Le premier était un chevalier originaire de Syrie et Marc Aurèle lui accorda la main de sa fille, veuve de Lucius Verus.
Pertinax, quant à lui, était né à Albe, d’origine modeste , il se distingua lors de l’expédition contre les Parthes, ainsi qu’en Bretagne et sur le Danube.

Alors que Marc Aurèle combattait en Pannonie, Pertinax chassait les envahisseurs de Rhétie et de Norique avec succés.
Vers 175, les Romains avaient pris l’avantage sur leurs ennemis quand éclata la révolte d’Avidius Cassius en Asie

5 – La révolte d’Avidius Cassius (175)

Le général Avidius Cassius, qui avait brillamment servi Marc Aurèle au cours de la guerre contre les Parthes, décida de profiter de la rumeur de la mort de Marc Aurèle pour se révolter .
Soutenu par les légions d’Egypte et une bonne partie de l’Orient, Avidius Cassius fut néanmoins contré par Martius Verus, gouverneur de Cappadoce, qui décida de marcher contre lui.
Cependant, Avidius Cassius fut rapidement assassiné, en juillet 175. Ses assassins envoyèrent alors sa tête à Marc Aurèle, qui refusa de la voir et demanda à ce qu’elle soit enterrée.
Marc Aurèle décida alors de se rendre en Orient, soucieux de mettre à mal la rumeur comme quoi il était décédé. L’Empereur était alors accompagné de son fils Commode qui lui succèdera et de son épouse Faustine, qui mourut en chemin.
En rentrant à Rome, en novembre 176, Marc Aurèle fit célébrer son triomphe pour sa victoire sur les tribus barbares du Danube.
Cependant, cette victoire fut de courte durée, car les barbares franchirent à nouveau le Danube en 177.

6 – La fin de règne (177 à 180)

Marc Aurèle continua à lutter contre les Barbares jusqu’à sa mort, en 180. Il mourut probablement frappé par la peste, à Vindobona, en Pannonie (aujourd’hui Vienne, en Autriche.).

Marc Aurèle, contrairement à ses prédécesseurs, avait eu de nombreux enfants de son épouse Faustine, bien que ses fils moururent presque tous en bas âge. Il désigna donc comme successeur celui qui était encore vivant, Commode (qui était alors âgé d’une vingtaine d’années.).

Marc Aurèle laissa de lui un ouvrage, véritable condensé de sa philosophie stoïcienne : Pensées pour moi-même.
Ces textes, que l’Empereur écrivait chaque soir lors de ses campagnes contre les barbares, nous sont parvenus en intégralité.

III – CITATIONS DE MARC AURELE

philosphe

«Qui vit en paix avec lui-même vit en paix avec l’univers.»

«Va toujours par le chemin le plus court, et le plus court est le chemin tracé par la nature.»

«Accomplis chaque acte de ta vie comme s’il devait être le dernier.»

«Le propre de l’homme, est d’aimer même ceux qui l’offensent.»

«La meilleure façon de se défendre est de ne pas imiter l’offenseur.»

«Le vaniteux fait dépendre son propre bonheur de l’activité d’autrui ; le voluptueux, de ses propres sensations et l’homme intelligent, de ses propres actions.»

«Personne ne se lasse d’être aidé. L’aide est un acte conforme à la nature. Ne te lasse jamais d’en recevoir ne d’en apporter.»

«Que toutes nos pensées soient telles que si on te demandait à tout instant ce que tu penses tu puisses toujours l’avouer sans honte.»

«Voici la morale parfaite : vivre chaque jour comme si c’était le dernier ; Ne pas s’agiter, ne pas sommeiller, ne pas faire semblant.»

«La philosophie consiste à veiller sur le dieu intérieur.»

«Entre le plus possible dans l’âme de celui qui te parle.»

«L’homme ordinaire est exigeant avec les autres. L’homme exceptionnel est exigeant avec lui-même.»

«On est souvent injuste en s’abstenant d’agir et non seulement en agissant.»

«Si Dieu existe, tout est bien ; si les choses vont au hasard, ne te laisse pas aller, toi aussi, au hasard.»

«Nous appréhendons davantage l’opinion de nos voisins sur nous-mêmes que la nôtre propre.»

«La nature n’aime rien tant que de changer ce qui est, pour le remplacer par ce qui lui ressemble.»

«Rejette l’opinion et tu seras sauvé.»

«On n’est pas moins injuste en en faisant pas ce qu’on doit faire qu’en faisant ce qu’on ne doit pas faire.»

«Sois comme un promontoire contre lequel les flots viennent sans cesse se briser.»

marc

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